samedi 9 novembre 2019

MADO, un art martial « made in Tunisia »

Mado est un prénom qui a fait rêver le futur jeune papa Rachwen Riahi durant de longues années, un prénom qui évoque douceur et légèreté mais qui cache force et profondeur : une force héritée certainement du géniteur même.
Qui est le fondateur de MADO ?
Rachwen Riahi a été trainé aux cours des arts martiaux dès l’âge de cinq ans. Il n’avait pas du tout le profil d’un champion des arts martiaux étant petit et assez gros. Pourtant, il avait un don spécial. Il a été d’ailleurs repéré par Ahmed Toueti fondateur de l’AIKIDO en Tunisie. Il l’avait pris en charge et le traitait comme ses propre fils. Pour Rachwen, il était un modèle à suivre, il était son père spirituel. C’est lui qui lui a appris à vivre en lui inculquant discipline propreté, valeurs et empathie.
Plusieurs adeptes des arts martiaux suivent le chemin de gloire et rêvent de recevoir des médailles et de se voir applaudis par le monde entier, toutefois le rêve de Rachwen était différent. Il avait la soif du savoir, il était « plutôt intéressé par la découverte de l’univers magique des arts martiaux »  d’ailleurs il ne s’est pas privé de ce plaisir car il a aussi suivi des cours dans plusieurs autres disciplines telles que le judo le NaijiMudo, Ju-jitsu, Taekwondo et le karaté…Mais son plus grand amour reste l’AIKIDO. 
Il lui a fallu dix ans pour avoir la ceinture noire en AIKIDO, c’était pour lui « le graal » mais « lorsque j’ai porté la ceinture noire» avoue-t-il « on m’a dit maintenant tu as les bases, tu es prêt pour commencer à apprendre à t’entrainer ». C’est à ce moment là qu’il avait appris que ce n’était pas le point d’arrivée qui comptait mais c’était tout le chemin qui restait à faire.
Et son chemin n’a pas cessé  de prendre de nouveaux tournants jusqu’à ce qu’il reçoive une révélation qui pouvait tracer clairement son chemin celui de la conception de MADO.
L’idée de conception : une révélation ?
MADO : un prénom qui a pris du temps pour se former. Le M renvoie au mot anglais « Martial », le « A » est l’équivalent du mot « Arts » et le DO veut dire  la voie en japonais. Ce qui donne : la voie des arts martiaux.
Mon ambition première était de « réformer le système de formation des soldats en Tunisie » pourquoi perdre autant d’argent en faisant appel à des experts étrangers qui n’ont aucune connaissance des problèmes de sécurité auxquels nous faisons face ? »s’est-il demandé. En effet, ils n’ont aucune connaissance du « street fighting » dont nous avons besoin aujourd’hui. Il a donné l’exemple du karaté en expliquant que ce sport de combat est certes impressionnant mais il ne peut pas répondre à une situation réelle dans laquelle des personnes ont pour armes des lames, de grosses pierres ou des bouteilles cassées… 
L’entraineur fait appel à l’environnement dans lequel il vit. C’est un lieu qu’il qualifie de « gouffre de corruption ». Il se situe à el Kasbah près d’el malassine, rue Zarkoun, el hafsia et sabaghine ou tout est permis ; drogue, djihad, crime etc ... « Le plus souvent les bagarres se terminent par un écoulement de sang » affirme-t-il. La question qu’il s’est posée alors c’était  pourquoi ne pas créer un sport qui répondrait au besoin du Tunisien face à des situations pareilles ? « Des experts français ou américains ne pourraient être en mesure de nous apprendre un sport de combat qui serait adéquat à notre situation car les problèmes ne sont pas identiques » insiste M Riahi.
Il a remarqué que la police n’avait pas les meilleurs moyens pour faire son travail sans avoir recours à la violence. En réalité, les forces de l’ordre ne sont pas connaisseurs en méthodes de contrôle qui leur permettent d’assujettir le « fautif » sans être dans la violence. Ils n’ont pas une force stratégique mais une stratégie de force.
« En 2013, lorsque j’étais dans un état liminaire entre le réveil et le sommeil, plusieurs idées me sont venues à l’esprit » raconte Rachwen. Des questions lui passaient par l’esprit : pourquoi ne pas combiner des techniques de deux arts martiaux ou plus (même si la philosophie de chaque sport était différente) pour créer un art martial qui servirait dans la vraie vie ? 
La prise de décision de mettre MADO dans le monde
Et c’est depuis qu’il avait commencé à réfléchir à un art martial tunisien qui combinerait plusieurs sports de combats tels que NaijiMudo, Aikido, Ju-jutsu, Taekwondo, judo etc…
Rachwen Riahi a conceptualisé son bébé Mado avant de le concevoir. En effet, MADO est un bébé unique en son genre. Pour le perfectionner, son géniteur a du attendre quatre années jusqu’à ce qu’il vienne au monde le 17 aout 2017. C’est l’heureux jour ou le prénom MADO a été finalement inscrit à OTDAV. Rien n’a jamais fait autant plaisir à Rachwen Riahi que de voir son enfant enfin venu au monde. C’est à ce moment là qu’il avait fait la promesse de mettre l’intérêt de son fils avant le sien et d’ailleurs c’est pour cette raison que Mado a été inscrit un jour avant la date de naissance de son propre créateur. 
La naissance de Mado était difficile, elle a même foulé l’avortement mais Rachwen a tenu bon. Voir son bébé en vie né dans sa patrie en Tunisie  était déjà un rêve accompli.
Parlons un peu de MADO !
« La couleur préférée de MADO est la couleur rouge car elle représente l’action, la force et la résistance » le kimono est d’ailleurs rouge. C’est surtout un hommage au drapeau tunisien et au sang des martyrs écoulé pour défendre le pays. MADO est un sport de combat qui, comme les autres, se compose de plusieurs niveaux. 
MADO suit le système de ceintures pour symboliser l’évolution de l’étudiant. La première ceinture est blanche, elle se compose de 3 périodes pendant lesquelles les adeptes apprennent des valeurs à savoir le respect, la fidélité et enfin l’intégrité. La couleur blanche a été choisie car elle signifie le néant donc le commencement puisqu’il s’agit du niveau débutant. La deuxième ceinture est marron. Il s’agit de la couleur de la terre, celle du commencement dans le sens ou l’étudiant s’enracine et apprend les bases. 
Ensuite, la ceinture bleue qui représente l’élément de l’eau celui qui est au cœur de la vie. La quatrième ceinture renvoie à l’esprit de la nature sachant que sa couleur est verte, elle symbolise ainsi la croissance. La  ceinture d’après est rouge, évidemment elle représente l’élément du feu qui évoque la force et le pouvoir. L’avant dernière ceinture est jaune. Symboliquement, elle est en symbiose avec la couleur des feuilles en automne dans le sens ou elle appelle à la résistance aux difficultés du temps. Quant à la dernière ceinture, celle-ci est mauve, cette couleur représente la sagesse et la connexion avec le monde spirituel. Les niveaux de MADO sont un moyen d’harmoniser les énergies du corps et de l’esprit.
Pourquoi MADO est-il spécial ?
Ce sport de combat est unique parce qu’il reprend les lacunes des autres arts martiaux. Par exemple l’AIKIDO est un art réactionnel, il contient des attaques mais il est privé d’actions. Quant au kick boxing il y a un problème lors des obstacles. Le combattant ne se relève pas lorsqu’il tombe au sol. 
Au judo, le combattant  a besoin d’être en contact avec l’adversaire donc il n’existe pas de résistance sans contact. Rachwen Riahi a fait en sorte de créer un art martial conscient des faiblesses de ses concurrents. Tout semble facile mais en réalité, le chemin n’était pas privé de difficultés en termes d’efforts de recherches mais aussi d’application.
Ce chemin vers la création de MADO était long, c’est vrai, mais il n’a réussi à voir le jour que grâce à ceux qui croyaient en l’idée. La première personne qui a cru en MADO était la mère de M Rachwen. Plusieurs membres de sa famille d’ailleurs avaient vraiment confiance en lui surtout son oncle qui était présent dès son jeune âge mais aussi son épouse qui l’a beaucoup encouragée à se jeter à l’eau. 
Rachwen est « né sous une bonne étoile » parait-t-il. C’est essentiellement ses élèves qui sont tombés amoureux de ce sport et qui ont décidé de mettre la main dans la main pour faire en sorte que MADO ne voit pas seulement le jour mais qu’il continue de briller. Rachwen avoue que ses élèves ont « sacrifié beaucoup de choses comme leur temps » Ils ne manquaient leur entrainement pour rien au monde, ils ont accepté de s’entrainer à des heures tardives dans une salle qui n’avait même pas encore un toit. « Ils se sont livrés à l’inconnu pour que je puisse expérimenter sur eux ces nouvelles pratiques » dit-il. 
C’était difficile au début à cause des moyens financiers très limités et des adversaires qui ne voulaient pas que MADO existe.
Néanmoins, MADO a pu grandir grâce à son effet sur les nouveaux arrivants. Les parents ont remarqué un véritable changement dans le comportement de leurs enfants qui sont devenus de plus en plus calmes, de plus en plus surs d’eux et surtout plus disciplinés. 
La croissance de Mado
MADO grandit petit à petit, il gagne en maturité, il s’agit d’un sport qui est à la fois mature sur le plan physique, cognitif et spirituel. En effet, cet art martial  permet le renforcement musculaire comme chez les gladiateurs pour avoir plus de résistance à la vieillesse dans le sens ou l’âge biologique devient égal à l’âge organique. Ce sport permet de  réguler le système cardiovasculaire et renforce le taux d’endurance et d’adaptation. MADO est aussi capable de gérer ses émotions  grâce à l’équilibre de la fréquence cardiaque qu’il entraine, il applique également la technique de la respiration douce pour apprendre le calme et la sérénité comme dans la pratique méditative. MADO est aussi très fort sur le plan de l’anticipation des actions de l’adversaire lors d’un combat. Le niveau de concentration permet d’avoir une réponse réflexive de plus en plus rapide avec le temps. C’est ce qu’on appelle la distance de sécurité. 
Sur le plan spirituel MADO est un art qui développe les cinq sens. Grâce aux exercices de concentration, chaque sens gagne de plus en plus d’acuité. L’élève est en rapport avec son soi intérieur avant d’être en rapport avec l’autre, il a une maitrise de soi et une conscience de soi avant toute chose. Il est capable de s’ancrer et de se surpasser à chaque fois. Il apprend non seulement à dépenser l’énergie en cas d’hyperactivité mais il apprend surtout à la canaliser et la maitriser.
MADO n’est pas seulement un art martial c’est un art de vie. C’est pour cela qu’il est sollicité dans plusieurs pays déjà MADO est connu en Algérie et au Maroc.
Mais son aventure ne s’arrêtera pas là, MADO est bien ambitieux : il compte dans les cinq années à venir être présent dans 13 régions en Tunisie, aller au Canada mais aussi à un ou deux pays en Asie et au sud de l’Afrique. Il cherche à avoir 1000 adeptes en Tunisie et 10000 adeptes dans le monde. 
Connaitra-t-il la Mort ?
MADO est un enfant bien différent, son géniteur connaitra la mort certainement mais MADO est né pour rester et « comme disait mon maitre Ahmed Toueti :  « tu partiras un jour mais l’empreinte que tu laisseras sera toujours-là, ici bas » ».

Par EYA Gmati ✒️

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